Johnnie To alias Johnny To alias Kai Fung To, réalisateur et producteur de Hong Kong qui touche à tous les genres avec bonheur et avec des réussites qui frappent les amateurs. Une suggestion de Kerozene.

mise à jour le 9 juillet 2008

BREAKING NEWS aka Dai si gein - Johnny To, Hong Kong, 2004, 1h31 

Une équipe du journal télévisé retransmet en direct la fusillade qui oppose un bataillon de forces de police à cinq malfrats qui viennent de dévaliser une banque. La diffusion de la défaite humiliante des policiers porte un coup terrible à leur crédibilité.

Jurant de capturer les criminels, la police réquisitionne 30 000 hommes, lance des patrouilles dans toute la ville, sur les routes qui permettent de quitter Hong Kong, et surveille attentivement le périmètre de la frontière. Alors qu'il mène une autre enquête dans un bâtiment vétuste, le détective Heng (Nicky Cheung, parfait) découvre par hasard le repère des cambrioleurs. Le chef du gang, Yuan, voit alors des milliers de policiers se rassembler autour de l'immeuble et se préparer à lancer l'assaut. Pour damer le pion aux médias sur leur propre terrain, l'inspecteur Rebecca (Kelly Chen, au jeu glacé et sans affect) décide de transformer cet assaut en véritable spectacle télévisé&ldots;

Depuis quelques années, le polar made in Hong Kong ressort la grosse cavalerie, ce qui n'est pas pour déplaire. BREAKING NEWS confirme le grand talent de Johnny To et le place au sommet de cette vague de polars "post-rétrocession". Chez Johnny To, la mise en scène est un dispositif, tout entier destiné à la cohérence de séquences d'action pulvérisantes, filmées au cordeau. Avec ce nouveau film, le cinéaste franchit un palier dans la maîtrise de son art : l'astucieux scénario de BREAKING NEWS lui donne en effet l'occasion d'une mise en abîme. Son dispositif de mise en scène s'entremêle avec celui des policiers, acteurs du film (la plupart sobres et excellents). La récurrence des carrés de verre, la multiplication des dispositifs voyeuristes, qu'il s'agisse des écrans d'ordinateur, des fenêtres des grands buildings ou des pare-brise automobiles permet de lier l'ensemble et de donner beaucoup de force au motif du film.

Que ce formalisme ne vous rebute pas : il n'empêche pas BREAKING NEWS d'être un magnifique thriller, aux nombreuses scènes-choc, qu'Hollywood devrait montrer dans ses écoles de cinéma. Et que dire du très virtuose plan-séquence d'ouverture, 7 minutes d'anthologie sans la moindre coupe dans un quartier populeux de l'ancienne "Colonie". Un petit chef d'œuvre ! Stelvio

EXECUTIONERS aka  Xian dai hao xia zhuan - Ching Siu-tung & Johnny To - HK - 1993 

Les trois moeufs du HEROIC TRIO, à savoir Anita Mui, Michelle Yeoh et Maggie Cheung (sublime), sont de retour pour une grande aventure. Dans un futur un peu pourri, l'eau potable est contaminée. Mais un savant fou et défiguré sait comment la rendre à nouveau potable et se sert de son pouvoir à de viles fins politiques. Le président en place se fait avoir par un coup monté et nos trois héroïnes justicières se chamaillent sans arrêt. Bien sur, celles-ci découvriront que le savant fou est responsable de la pénurie d'eau potable, elles seront de nouveau les meilleures amies du monde, et elles sauveront le président et libéreront le peuple assoiffé.

De l'action molle, des combats peu intéressants, des décors de série Z, une ambiance foireuse, une musique insupportable, un scénario bancal...  EXECUTIONERS est un très mauvais film, et pourtant j'aime beaucoup les films de Ching Siu-tung. Mais là c'est un foirage en grandes pompes. Kerozene

EXILED aka EXILÉ - Johnnie To, 2006, Hong Kong 

Johnnie To est de retour avec une fresque mafieuse contemplative et renoue avec les valeurs sûres du polar hongkongais à savoir l'honneur, l'amitié virile, la trahison, le tout sur fond de gunfights ralentis s'apparentant à des ballets de danse contemporaine. Un retour aux sources d'une certaine manière et contre toute attente, le résultat n'est pas si mal. On y fait la connaissance de Wo, gangster exilé de retour sur son île de Macao avec sa femme et un tout jeune bébé. Wo est à peine arrivé que son passé le rattrape en la présence de deux tueurs au service de Boss Fay, un chef de triade qui nourrit une profonde rancune depuis que Wo lui a collé une prune dans l'estomac. Face à ces deux tueurs se trouvent deux autres hommes, armés également, qui viennent protéger leur vieux pote Wo. La situation apparaît alors complexe puisque les cinq lascars sont en réalité de bons amis d'enfance et que ce brave Anthony Wong qui est censé faire péter le caisson de Wo n'en est pas franchement ravi. Après une séance de flingage fumant et esthétiquement classieuse, tout ce petit monde se pose et se remémore le bon vieux temps. Wo demande alors une dernière faveur à ses potes avant de passer l'arme à gauche, faire un gros coup afin de ne pas laisser sa famille dans le besoin. Tout le monde accepte, trinque et fume le cigare dans la joie et la bonne humeur, seulement voila : leur chemin va croiser Boss Fay (Simon Yam) qui va se fâcher tout rouge lorsqu'il verra que son tueur se la joue mère-poule. Re-gunfight dans un restaurant gastronomique entre nos compères et les hommes de Fay et pendant lequel Wo se fait méchamment blesser et Boss Fay se fait flinguer les burnes. Wo bénéficie alors des soins d'un toubib clandestin interrompu dans un culbutage de prostituée. L'opération se passe bien jusqu'à ce que Fay et ses couilles explosées ne débarque alors à son tour histoire de se faire recoudre le sac. Tension chez le doc, musique lancinante, mouvements de caméra au ralenti et re-re-gunfight...

Voila pour la première moitié du film, ne gâchons pas le reste pour ceux qui souhaiteraient découvrir par eux-mêmes la suite de ce récit plutôt testostéroné. EXILED, fausse suite de THE MISSION, souffre des inévitables tics de son réalisateur qui continue à privilégier la forme sur le fond, mais la grâce des plans, le travail de la photo, la musique et les acteurs parviennent à rendre le tout très appréciable. En revanche, To ne brosse pas la police dans le sens du poil pour une fois. Ici représentée par un inspecteur à deux jours de la retraite, celui-ci fait tout pour ne pas s'impliquer dans les histoires de nos truands et passe pour un lâche et pour le bouffon de service.

Comme d'habitude, on retrouve une ribambelle d'habitués de chez To (Suet Lam, Simon Yam et plein de seconds couteaux) et surtout un Anthony Wong excellent. Mais ce qui séduit surtout dans EXILED, c'est l'hommage que Johnnie To y fait au western, et en particulier au western italien. Les quelques instants qui précèdent les scènes de gunfight insistent sur des gros plans qui n'auraient pas détonnés dans un Sergio Leone, les tueurs tâtent inlassablement la crosse de leur flingue, toute une partie du film se déroule dans un décor proche du grand ouest poussiéreux, la bande son rappelle une ambiance western à grand renfort de guitare et l'île de Macao toute entière ressemble à une ville fantôme où seuls les protagonistes du film apparaissent. Même l'hôtel dans lequel se déroulent deux scènes clés (dont la scène finale lors de laquelle la légende veut que 18'000 cartouches auraient été tirées ( !!?)) du film ressemble à s'y méprendre à un saloon. Ceux qui aiment le western apprécieront ces attentions, les autres trouveront sans doute cela sans intérêt. Dommage en revanche que le réalisateur ait opté pour des impacts de balles très surréalistes en substituant les giclées de sang par des nuages de poussière rouge. Est-ce là une manière de rappeler l'atmosphère poussiéreuse des meilleurs westerns ? Aucune idée. Toujours est-il que c'est difficile à avaler. EXILED reste un film à voir, une sorte de polar HK noir old-school qui n'est pas sans rappeler l'époque où John Woo faisait encore de bons films. Kerozene

  The HEROIC TRIO - Johnnie To & Ching Siu-tung avec Anita Mui, Maggie Cheung, Michelle Yeoh, Anthony Wong, 1993, Hong Kong

Dans un monde rétro futuriste où les voitures des années 1950 côtoient la pointe de la technologie high-tech, trois jeunes et belles femmes que tout oppose s'unissent pour la sauvegarde du pays. Elles, ce sont une justicière masquée (Anita Mui), une mercenaire arrogante et un rien casse-pieds (Maggie Cheung, désirable à en crever) et une femme au service de l'ennemi bénéficiant d'un costume d'invisibilité (Michelle Yeoh). L'ennemi, c'est l'Eunuque, machiavélique seigneur souterrain kidnappant des dizaines de bébés afin de les transformer en redoutables tueurs. Parmi ses tueurs se trouvent Michelle Yeoh, mais aussi cette vieille trogne d'Anthony Wong en psychopathe rocambolesque absurde et grimaçant.

Mu par un désir de fusionner l'univers pulp de la bande dessinée américaine avec celui plus traditionnel du wu xia pian, Johnnie To innove et se montre ambitieux car non seulement il décide de porter à l'écran une aventure de super héroïne, mais histoire de bien marquer le coup, il nous en colle trois d'un coup, et tout ça plongé dans un univers bénéficiant de décors plus grands que nature. Pour emballer les scènes d'action, To a fait appel à Ching Siu Tung, ce qui garantit un minimum d'efficacité en ce qui concerne les scènes de baston et les chorégraphies virevoltantes au sein desquelles nos trois gonzesses se montrent fort convaincantes. L'action fait effectivement la part belle à un film qui ne cherche pas forcément à caresser son public dans le sens du poil (voir la scène du bébé qui chute sur un clou ou celle des enfants explosés à la dynamite). Mais malgré une note d'intention des plus excitantes, HEROIC TRIO laisse un drôle d'arrière goût de série Z bâclée. L'histoire est terriblement bancale au point qu'on en vient rapidement à se moquer du sort des protagonistes et les liens tissés entre les trois héroïnes sont si fragiles qu'il nous est finalement bien difficile de croire en cette soudaine amitié. Reste les rocambolesques apparitions d'Anthony Wong en exubérant tueur martial qui va même jusqu'à se prendre un train en pleine face dans une scène impressionnante où un hall de gare se voit réduit en miettes. On peut souligner également le thème principal du film, entêtante mélodie chantée par Anita Mui elle-même et qu'on se surprend à fredonner quelques jours après le visionnement. Histoire de capitaliser au maximum sur ses décors To tourna en back to back la suite d'HEROIC TRIO, THE EXECUTIONERS, qui s'avérera plus faiblard encore. Kerozene

A HERO NEVER DIES - Johnny To, 1998, Hong Kong

Deux tueurs professionnels, Jack et Martin, s'admirent et se confrontent en roulant des mécaniques et se la pètent comme des chanteurs de boys band en sirotant des grands crus millésimés; ou mieux, en explosant les verres de pinard avec des pièces de monnaies. Autrement dit, ça s'amuse au concours de grosse bite dans une sorte de ballet statique de machos à l'attitude suffisante. Mais les choses vont se corser lors d'une mission en Thaïlande qui voit nos deux flingueurs se faire face et se transformer mutuellement en passoire. Peu après, leurs chefs respectifs décident de s'unir, et ce qui aurait pu mettre un terme à la tourmente des deux gangs est un calvaire pour les deux assassins alors reniés des leurs. Leurs compagnes respectives subissent de graves assauts de violence barbare, Jack reste alors en Thaïlande pour s'occuper de sa copine gravement brûlée, Martin lui est devenu cul-de-jatte suite à leur fatale confrontation. Mais l'amertume et le désire de vengeance leur donneront le courage et la force nécessaire pour sauver leur honneur.

Si Johnny To est un as du polar musclé plein de mouvements de caméras ahurissants et de gunfights à l'esthétisme classieux, A HERO NEVER DIES n'est de loin pas le meilleur représentant de son cinéma puisque nous sommes ici face à une oeuvre désabusée et désespérée. Le rythme volontairement lent, voire soporifique de son film, accompagné d'une musique mièvre tout juste bonne pour les ascenseurs de grandes surfaces, a vite fait d'asséner de violents coups de fatigue au spectateur qui se lasse rapidement d'assister à ce jeu narcissique de frimeurs imbéciles qui ne rime à rien. Cependant, l'arrivée de la détresse de ses personnages principaux lors de la deuxième moitié du film redonne un peu d'intérêt au récit sans pour autant être captivant, jusqu'à l'homérique gunfight final lors duquel une boîte de nuit sera entièrement saccagée sous une pluie de balles. Scène étonnement peu réjouissante malgré son côté grand-guignolesque qui voit le cadavre mutilé de Martin sur une chaise roulante, chapeau de cow-boy vissé sur la tête et lunette de soleil noires sur le nez, tirer de manière aléatoire sur le gang de méchants gangsters apeurés. Un film noir un peu prétentieux, à l'image de ses protagonistes, qui contient bien quelques moments intéressants, mais qui ne parvient jamais à impliquer le spectateur. Kerozene

LIFELINE aka FIRELINE- Johnny To, 1997, Hong Kong  

Six ans après le BACKDRAFT de Ron Howard, Hong-Kong livre son film de pompiers signé Johnny To. Si on est en droit d'attendre du réalisateur de THE MISSION un film méchamment nerveux et rentre dedans, il faut savoir que LIFELINE s'avère être beaucoup plus posé et pépère que les polars violents de son auteur.

La première heure du film s'attache à nous présenter les personnages principaux avec leurs défauts et qualités afin de nous familiariser avec ceux envers qui nous sommes censés nous attacher, pour enfin les plonger quarante minutes durant dans un hallucinant brasier explosif. Les protagonistes, mais également les caméras, se retrouvent au coeur d'une usine en flammes remplie de pièges mortels. Si on parvient à faire abstraction de la musique pouêt-pouêt pleine de trompettes, de violons et de percussions à la rythmique militaire, le spectacle s'avère proprement hallucinant et le suspense efficace. Kerozene

The LONGEST NITE - Patrick Yau, 1997, Hong Kong

A Macao, deux chefs de gang, M. K et M. Lung, se tirent dans les pattes afin de s'accaparer un maximum de part de marché. Mais leur petite guerre fatigue M. Hung, chef de triade redouté qui leur demande de cesser ces activités meurtrières finalement néfastes au business de chacun. Ni une ni deux, les deux pontes s'exécutent et s'inclinent devant M. Hung. Tant de pouvoir n'est pas compréhensible aux yeux de Sam (Tony Leung Chiu Wai), flic corrompu au service de M. K qui s'interroge sur la réelle influence d'un individu qui n'est aujourd'hui plus qu'un vieillard. Mais rapidement une rumeur comme quoi la tête de M. Lung a été mise à prix par M. K se fait connaître. Effrayé, M. K demande à Sam d'identifier la source de cette rumeur et de rétablir la situation. C'est alors qu'arrive Tony, homme solitaire mystérieux au crâne rasé et tatoué... sans doute un tueur attiré par la prime offerte contre la tête de M. Lung.

Ce polar sombre et violent, parfois même sadique, est officiellement signé Patrick Yau. Mais comme le stipule le livret accompagnant le DVD français sorti chez HK Video, THE LONGEST NITE est d'avantage un film de Johnny To qu'un film de Patrick Yau. Produit par la compagnie de To et War Kai-fai (Milky Way Image), le film marque l'un des premiers films de la nouvelle ère du polar hongkongais qui fait plus ou moins suite à la rétrocession de la colonie britannique à la Chine. Et il est vrai qu'à y regarder de près, il est permis de croire que ce chaînon manquant entre le polar à la John Woo et la vague de film style INFERNAL AFFAIRS semble contenir tous les tics propres aux films de gangsters de To: deux fortes têtes jouent au jeu du chat et à la souris tout en se mettant tout le reste du milieu à dos. Et il en va de même au sujet de l'esthétisme du film dont la photo est parfaitement soignée malgré un budget moindre. Patrick Yau n'aurait-il donc rien à voir avec le succès du film? Difficile à dire, et on semble trouver là un écho à l'ultra violent THE BIG HEAT (1988), signé Johnny To, mais produit par un Tsui Hark auquel on attribua tous les mérites. Au-delà de ça, THE LONGEST NITE n'est pas non plus le polar ultime qui estomaquera le spectateur, il s'agit d'un bon film mais dont l'impact reste moindre par rapport à celui d'un THE BIG HEAT justement. Les scènes de folles poursuites en voitures et de violences crues ne manquent cependant pas. En particulier les scènes de tortures infligées par Sam avec écrasement de main et arrachage d'ongle au programme. THE LONGEST NITE affiche également un côté misogyne particulièrement douloureux, spécialement envers une serveuse alcoolique ayant la fâcheuse habitude de vomir partout et qui ne cessera de se prendre des pains dans la face de manière aussi brutale que gratuite. Le final du film marque le point fort du métrage, lorsque les deux personnages principaux se font face dans un entrepôt rempli de miroirs, permettant d'alimenter un gunfight fracassant. Gros point négatif cependant, la bande originale du film est proprement horripilante, hormis une sorte de plagiat douteux du thème principal de MIDNIGHT EXPRESS, et gâche quelque peu le plaisir que l'on peut avoir à se faire transporter par cette histoire violente, désespérée mais intelligemment écrite. Kerozene

The MISSION aka Cheung fo - Johnnie To avec Anthony Wong, Francis Ng, Jackie Lui, Roy Cheung, Lam Suet, Simon Yam, Hong Kong, 1999, 1h25

Ayant miraculeusement échappé à une tentative d'assassinat, M. Lung, parrain de la mafia de Hong Kong, engage cinq professionnels retirés du milieu afin d'assurer sa protection...

Tel est le pitch, simplissime, de ce film de gangsters, troussé en 1999 par le prolifique Johnnie To. Les ingrédients sont, eux aussi, simples : une galerie de trognes, composant l'escouade mise à disposition du gros bonnet à protéger ; des tensions entre les individualistes qui forment cette cellule de protection mise sur pied dans l'urgence et, bien évidemment des gunfights, filmés à une maestria formaliste étonnante. Le chapitrage DVD a rarement aussi bien convenu à un film qu'à cette MISSION, qui constitue avant tout une suite de morceaux de bravoure. Johnnie To met en scène ces fusillades avec un style unique : même en plein défourraillage, ses personnages restent droits comme des "i", comme s'ils se souciaient constamment de la chorégraphie. On reconnaît le talent de Johnnie To à sa capacité à étirer à l'envi les scènes d'action et, au contraire, à calmer le jeu après chaque montée de tension. Certains trouveront sans doute l'argument scénaristique de l'ensemble un peu mince. On ne peut leur donner tout à fait tort, mais on peut aussi penser qu'ils passent à côté de l'essentiel : la maîtrise formelle qui confère un rendu saisissant aux irruptions de la violence dans des espaces urbains froids et désincarnés (centres commerciaux, immeubles de bureaux aseptisés etc.). Absolument jouissif ! Stelvio

P.T.U. - Johnnie To, 2003, Hong Kong

L'action de P.T.U., pour Police Tactical Unit, se déroule en une nuit. On y suit un groupe de policiers qui tente de retrouver l'arme de service que l'un de leur camarade s'est fait dérober par une bande de petites frappes. La situation se retrouve vite alambiquée car le chef de la bande en question se fait poignarder par le tueur d'un gang rival et que par conséquent, la police criminelle se retrouve impliquée dans une enquête qui risquerait de mettre à jour la perte de l'arme, ce qui impliquerait une suspension pour son propriétaire. A cela s'ajoute la fureur du père du mort qui désire se venger en éliminant le chef de la bande rivale, mais ce dernier s'avère ne pas être responsable du méfait puisque ses hommes ont agi de leur propre chef...

Voila un scénario joliment écrit pour un Johnnie To tout en sobriété. Trop sobre même tant son histoire est menée à deux à l'heure à grand "renfort" de plans très jolis mais parfaitement inutiles et au sein desquels Simon Yam et Suet Lam (deux habitués de To) posent sans jamais sourire ne serait-ce qu'une fois. To semble porter un amour sans borne à ces flics qui n'hésitent pas à mettre leur carrière en péril pour aider l'un des leur, ici la police du terrain est représentée comme une grande famille vivant dans le doute et l'incompréhension et P.T.U. semble n'exister que pour leur rendre justice. Amitié et honneur au programme donc, pour ce polar un peu mou qui a le mérite de flatter le regard via son superbe cinémascope, mais saigne les oreilles à cause de sa bande son ringarde à souhait, pleine de solos de guitares moisis et de morceaux inadaptés. Kerozene

RUNNING ON KARMA aka AN INTELLIGENT MUSCLE MAN - Johnnie To & Wai Ka-Fai, 2003, Hong Kong

Le Costaud (Andy Lau - excellent) est un ancien moine reconvertit en strip-teaseur culturiste gonflé aux stéroïdes capable de voir le karma des gens. Il rencontre Lee (Cecilia Cheung), une charmante policière qui a le malheur de posséder un karma lourd en conséquence: elle fut dans une vie antérieure, un vil et sanguinaire soldat nippon amateur de décapitations en série. Du coup, sa vie s'apprête à être fauchée prochainement. Le Costaud, qui la trouve sympa (et sans doute parce qu'elle est fort jolie) décide alors de la sauver, parce qu'après tout, une gentille petite gonzesse comme elle ne mérite pas la mort. Au fil de leur rencontre, il l'aide à coffrer des bad guys hauts en couleur, comme un hindou contorsionniste qui se planque dans une boite de conserve ou un type qui se prend pour Spiderman dont le corps est enduit d'un produit hyper glissant afin de ne pas se faire attraper. Le Costaud fait tomber les filles raides dingues de ses muscles hypertrophiés et fait du catch comme un débile afin de mieux dissimuler son secret.

Mais tout ça passe de la kung-fu comédie urbaine ponctuée d'éclairs de violence bien franche à un trip philosophico-bouddhiste sur le pourquoi du comment de la réincarnation et la constatation de l'importance de l'existence du karma. Lee se sait condamnée, Le Costaud se rencontre lui-même et entame alors une discussion à l'issue dramatiquement fataliste. Dommage, si les cassures de rythme et de ton ne posent pas de problème en général, il est néanmoins préférable lorsqu'elles se passent dans l'autre sens. On pourra surtout déplorer le final moralisateur qui vient plomber un film qui se voulait au départ décomplexé et totalement déconneur. Kerozene

Site officiel : www.runningonkarma.com 

J'ai bien aimé ce film de mon côté. Oui, le changement de ton est surprenant et le final encore plus, mais je trouve que c'est justement un bon point au travers d'un cinéma commercial qui n'oserait jamais un tel revirement. Il n'y a que de Hong Kong et en Italie que j'ai vu de tels revirements de la comédie au drame en passant par d'autres genres. J'oublie aussi souvent que dans le cinéma de Hong Kong, nul n'est à l'abri, femmes ou enfants peuvent subir des sorts affreux, ce que nos censures et notre bienveillance nous empêchent de voir la plupart du temps. Un bon point pour le costume de muscles qui passe bien l'écran. Il faut dire chapeau à Andy Lau qui garde son naturel dans ce qui devait être un costume de caoutchouc fort encombrant. Mario Giguère

RUNNING OUT OF TIME aka Aau chin - Johnny To, Hong Kong, 1999, 1h33 

A Hong Kong, un bandit (Andy Lau) prend en otage un directeur de banque. L'inspecteur Wong (Shiu Hung Hui) est envoyé sur les lieux pour négocier la libération du banquier. "Ca s'annonce mal, un taré rencontre un autre taré", dit le supérieur de Wong. Interrogé sur ses exigences, le preneur d'otages fait la réponse suivante au flic : "Je ne veux rien, juste jouer avec toi, pendant 72 heures." Après que le criminel ait faussé compagnie à la police, le jeu de pistes s'engage...

Réalisé pendant la dernière année du siècle dernier, ce polar n'est pas l'œuvre la plus connue de Johnny To, loin s'en faut. Il faut dire que cette période d'après la rétrocession n'est pas la plus riche du cinéma policier hong-kongais, qui ne reprend du poil de la bête que depuis deux ou trois ans, suite au succès du dément TIME AND TIDE de Tsui Hark, et surtout de la trilogie INFERNAL AFFAIRS du duo Andrew Law et Alan Mak. Pourtant ce jeu du chat et de la souris urbain gagne à être connu : il s'agit certes d'un cinéma au formalisme discret et standardisé, mais l'intrigue ménage assez de surprises et de chausse-trappes pour nous tenir pleinement en haleine. Dans le rôle du bandit en sursis, Andy Lau livre une prestation mémorable et poignante, sans toutefois sombrer dans le mélodrame gluant. Des motifs semblables seront repris, avec un plus grand déploiement et davantage de réalisme, dans la trilogie susnommée. Du très beau boulot ! Stelvio

YESTERDAY ONCE MORE - Johnnie To, 2004, Hong Kong

Un couple glamour (Sammi Cheng et Andy Lau) et plein de pognon s'amuse à dérober bijoux, objets de collection et bouteilles grand cru pour son plus grand plaisir. Mais lui décide de rompre demande le divorce sur ce qui semble être un coup de tête. Les deux êtres si fusionnels entament alors une sorte de jeu du chat et de la souris en s'amusant à tirer sur les cordes amour / haine de leur relation passée et présente. Lorsqu'elle s'apprêt à épouser le fils d'une richissime bonne femme liftée pour ses bijoux, il en profite pour dérober le collier qui lui est destiné. Ce vol marque la partie ultime du couple séparé depuis quelques années mais toujours profondément amoureux et mettra en avant les enjeux d'une partie à l'issue inattendue...

Johnnie To laisse de côté ses flics incompris, ses gangsters qui se la pètent et les grosses pétoires le temps d'une comédie romantique qui semble glisser sur du velours en prenant place dans un univers qui tend vers le rose bonbon et où tout le monde semble avoir des comptes en banque dignes d'un émir arabe. Son cinémascope s'avère des plus coloré et permet de savourer quelques instants de douceur feutrée. Mais les vieux démons de To refont rapidement surface, To soigne l'esthétisme au détriment de la narration et l'emballage est une fois encore plus séduisant que le contenu. YESTERDAY ONCE MORE se regarde malgré tout avec amusement puis on se dit qu'une comédie romantique plaisante vaut finalement mieux qu'un polar faussement burné. Kerozene

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